MYTHES ET LÉGENDES

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Etant donné la nature conflictuelle du poker, il n'est pas étonnant qu'il puisse faire ressortir à la fois le meilleur et le pire de la nature humaine, comme l'attestent les innombrables histoires dont il fait l'objet. Ses adeptes mettent en avant les vertus du joueur de poker idéal, qui sait garder son sang-froid dans l'adversité, perdre avec grâce et rester humble dans la victoire. Ses détracteurs leur opposent une galerie de personnages peu recommandables et une foule d'anecdotes peu édifiantes. Le poker et la morale n'ont jamais fait bon ménage. « Gentils» ou « méchants », les grands joueurs de poker du XIXe siècle ont fourni aux États-Unis quelques-unes de leurs figures les plus héroïques, même si elles furent parfois aussi les plus contestables.

Jim Bowie

À la grande époque des salles de poker flottantes du Mississippi, tous les joueurs de cartes professionnels, même les plus scrupuleux, étaient considérés comme des tricheurs, et rares étaient ceux qui parvenaient à vivre de leur activité. Pour pouvoir vivre du poker, en fin de compte, mieux valait tricher pour de bon ... C'est ainsi qu'en 1832 il advint un jour qu'un jeune homme naïf se fit dépouiller de toute sa fortune par des joueurs de poker professionnels, au cours d'une croisière sur le Mississippi. Ruiné et totalement inconsolable, il était sur le point de se jeter à l'eau lorsqu'un témoin de la scène, mû par la compassion, lui proposa son aide. Il s'agissait en fait de Jim Bowie, qui devait par la suite entrer dans la légende américaine en défendant Fort Alamo contre les Mexicains. Soupçonnant que le jeune homme avait été dupé, Bowie chercha à y voir plus clair. Il finit par se convaincre que l'un des joueurs était un tricheur. Il menaça le suspect avec son grand couteau jusqu'à ce qu'il avoue son forfait. Il rendit son argent au jeune homme, qui le partagea aussitôt avec son bienfaiteur.

Buffalo Bill " Wild Bill " Hickok

L'une des figures les plus légendaires du Far West fut William « Buffalo Bill » Cody, dont le spectacle itinérant contribua à forger le mythe de l'Ouest américain quelques années seulement après que celui ci eut cessé d'exister. On raconte qu'il fut un jour invité à jouer au poker par un homme qui professait publiquement un immense mépris pour le grand « Buffalo Bill » et l'accusait d'être un imposteur. Cody releva le défi, mais insista pour que la partie se termine par un duel où le gagnant tirerait le premier, à une distance de 10 mètres. Cody gagna la partie de cartes et son adversaire essaya aussitôt de dégainer son revolver. « Wild Bill » Hickok, qui traînait dans les parages, l'en empêcha de justesse. Après avoir été reconnu coupable de tricherie, l'homme fut pendu sans autre forme de procès. Les deux amis légendaires étaient des joueurs invétérés. On raconte que Buffalo Bill aurait joué sa dernière partie de poker après avoir appris qu'il ne lui restait que quelques heures à vivre.

La Main du Mort

James Butler « Wild Bill » Hickok était un très mauvais perdant. Il n'était pas rare qu'après avoir perdu une partie il menace son adversaire avec son revolver. Avant que sa réputation de tireur d'élite ne l'amène à participer au spectacle de son ami « Buffalo Bill », il avait été conducteur de diligence, scout et représentant de la loi. Le duel qui l'opposa à David Tutt et dont il sortit victorieux, en juillet 1865, fut le premier de l'histoire de l'Ouest. Hickok était un joueur de poker chevronné et il lui arrivait parfois de tricher sans vergogne. Au cours d'une partie avec un certain McDonald, il s'adjugea le pot sans montrer ses cartes, prétendant avoir un full aux as. Son adversaire, qui avait un brelan de valets, demanda à voir ses cartes. Hickok abattit une paire d'as et un 6. « Voici mon autre six, fit-il en dégainant son six-coups, et voilà mon troisième as », ajouta-t-il en sortant son poignard. Apparemment convaincu, McDonald lui céda le pot.
Hickok est mort au cours d'une partie de poker dans un saloon de Deadwood, dans l'état du Dakota du Sud, en août 1876. Un certain Jack McCall, qui l'observait depuis le bar, s'approcha de lui à l'improviste et l'abattit d'une balle dans la tête. Les cartes que tenait « Wild Bill » à l'instant de sa mort - une paire d'as et une paire de 8, toutes noiress'appellent depuis « la Main du Mort ».

« The buck stops here »

Le poker est presque considéré comme un jeu national aux États-Unis. Il est donc peu surprenant que plusieurs présidents des États-Unis aient été de grands amateurs de poker. « Amarillo Slim » révéla un jour qu'il avait joué plusieurs parties avec Lyndon Johnson ainsi qu'avec son successeur à la Maison Blanche, Richard Nixon. Ce dernier avait passé une partie de son service militaire dans la marine à apprendre tout ce qu'il pouvait sur le poker. Nixon s'entraîna pendant des mois pour se familiariser avec la stratégie avant de se lancer. Il s'avéra un excellent joueur. Le poker l'aurait même aidé à financer ses premiers pas dans la politique. Le plus célèbre joueur de poker à avoir siégé à la Maison Blanche fut néanmoins Harry Truman, celui qui fit entrer l'expression « the buck stops here » dans la langue courante - le buck désigne le bouton de donneur: l'expression s'emploie pour dire que l'on assume ses responsabilités. Le président avait pris l'habitude de jouer au poker pour se détendre lorsqu'il était sous pression. Il semblerait que dans les journées qui précédèrent le largage de la première bombe atomique sur le Japon, Truman ait passé de nombreuses heures à jouer au poker avec des membres de la presse, alors qu'il évaluait les conséquences d'une des décisions stratégiques les plus importantes de l'histoire.

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